Quies

La sophrologie, de Caycedo à aujourd’hui

La sophrologie est une méthode de relaxation et de conscience du corps née à Madrid en 1960. Ce qu’elle est, comment on la pratique, et ce qui la rapproche d’une séance d’hypnose écrite pour vous — comme ce qui l’en sépare.

Comme un poids qu’on pose

Écrite pour quelqu’un qui passe un oral jeudi et veut retrouver la sophrologie apprise il y a quelques années.

Comme un poids qu’on pose

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Transcription

Portez votre attention sur le sommet du crâne. Le cuir chevelu. Remarquez simplement ce qui s'y trouve. Et à la prochaine expiration, laissez-le se détendre. Comme si toute la peau du crâne s'élargissait, légèrement.

Le front. Le front peut se lisser, maintenant. Chaque petite ride s'efface, doucement, sur l'expiration.

Les sourcils, et l'espace entre les sourcils. Ils s'écartent un peu, et se reposent.

Les paupières deviennent lourdes, agréablement lourdes. Les yeux, derrière elles, se relâchent au fond de leurs orbites.

Les joues. Les tempes. Elles se relâchent, sur l'expiration.

La mâchoire. Laissez les dents se desserrer, légèrement. La langue se repose au fond de la bouche. Les lèvres se touchent à peine. Tout le visage devient calme. Paisible.

Et maintenant, la nuque. La nuque, qui porte beaucoup, ces jours-ci. Vous pouvez simplement la reconnaître. Sentir ce qu'elle tient. Inspirez, vers elle. Et sur l'expiration, laissez-la s'allonger. S'assouplir. Comme si chaque vertèbre prenait un peu plus d'espace.

Encore une fois. Inspirez. Et expirez, en relâchant la nuque un peu plus. Voilà. La tête repose, légère, en équilibre.

Les épaules. Elles aussi ont été hautes, tendues, prêtes. Vous pouvez les laisser descendre, maintenant. Inspirez. Et sur l'expiration, les épaules tombent. Elles s'éloignent des oreilles. Elles s'élargissent.

Inspirez encore. Expirez. Et les épaules descendent encore un peu. Plus bas que vous ne l'auriez cru. Remarquez la différence. Comme un poids qu'on pose.

Ce que désigne le mot

En octobre 1960, à l’hôpital provincial de Madrid, un jeune neuropsychiatre d’origine colombienne, Alfonso Caycedo, rebaptise le service où il étudie l’hypnose et la relaxation. Il lui faut un mot qui ne traîne pas derrière lui les tréteaux du magnétiseur ni l’image du sujet endormi. Il le forge à partir du grec : sôs, l’harmonie, phrên, l’esprit, logos, l’étude. La sophrologie serait l’étude de la conscience en équilibre.

L’ambition première est donc moins une technique qu’un regard : observer la conscience telle qu’elle se vit, dans le corps, sans la réduire à un symptôme. Les techniques sont venues ensuite, pour servir ce regard. Elles tiennent en peu de choses : une respiration attentive, des mouvements simples, une voix qui guide, et l’attention portée à ce que l’on ressent, à mesure qu’on le ressent.

Le lieu de cette attention porte un nom dans le vocabulaire de Caycedo : le niveau sophroliminal, cette frange entre la veille et le sommeil où le corps se relâche sans que l’esprit s’éteigne. On y reste présent. C’est l’un des traits qui distinguent la sophrologie de l’hypnose dont elle est issue.

D’où elle vient

Caycedo part de l’hypnose et s’en écarte. Il lui reproche d’abandonner la personne à l’autorité de celui qui suggère. Il cherche du côté de la phénoménologie de Husserl et de l’analyse existentielle de Ludwig Binswanger, qu’il rencontre en Suisse : décrire l’expérience vécue plutôt que l’interpréter. Il emprunte aussi aux relaxations occidentales de son temps, le training autogène de Schultz et la relaxation progressive de Jacobson.

Au milieu des années 1960, il part en Inde puis au Japon, où il observe le yoga, le bouddhisme tibétain et le zen. De ce voyage naît la relaxation dynamique, organisée en degrés : le premier s’inspire du yoga, le deuxième du bouddhisme tibétain, le troisième du zen. Caycedo ne cherche pas à importer une spiritualité ; il en garde des gestes, qu’il laïcise et adapte à des patients européens.

La méthode gagne la France dans les années 1970 par des médecins, puis par la préparation à l’accouchement, le sport et le monde du travail. Elle y connaît une fortune sans équivalent ailleurs. Le métier de sophrologue n’y est pas réglementé : il ne donne aucun droit d’exercer un acte médical, et les écoles comme les écoles de pensée se sont multipliées. En 2021, un rapport de l’Inserm concluait que les études disponibles restaient insuffisantes pour établir son efficacité. On peut aimer la sophrologie et le savoir.

Comment se déroule une séance

Une séance dure le plus souvent entre une demi-heure et une heure, assis ou debout, rarement allongé : on veut se détendre sans s’endormir. Elle suit presque toujours le même arc.

  • Une installation : le dos droit, les pieds posés, les yeux qui se ferment si on le souhaite.
  • La sophronisation de base : la voix du sophrologue — Caycedo parlait de terpnos logos, la parole douce — conduit l’attention à travers le corps, du sommet du crâne jusqu’aux pieds, et invite chaque région à se relâcher.
  • Les exercices de relaxation dynamique : des mouvements simples accordés à la respiration, une inspiration retenue, une tension, puis le relâchement à l’expiration.
  • Les temps de présence : après chaque exercice, on accueille ce qui se passe, une chaleur, un fourmillement, un calme, sans chercher à l’expliquer.
  • Une visualisation, selon l’objectif : un objet neutre, un lieu, un moment à venir que l’on se représente déjà bien vécu.
  • La reprise, que l’on appelle désophronisation : on respire plus fort, on bouge les mains, on s’étire, on ouvre les yeux.

Le sophrologue enseigne pour que l’on puisse pratiquer seul. Au bout de quelques séances, les exercices s’emportent : dans un train, avant un examen, le soir. C’est un entraînement, au sens propre.

Sophrologie et hypnose : des cousines, pas des jumelles

Les deux méthodes partagent beaucoup. Une voix qui guide. Une attention tournée vers le corps. Cet état intermédiaire où l’on n’est plus tout à fait dans la journée et pas encore dans le sommeil. Des images plutôt que des raisonnements. Un retour ménagé.

Elles diffèrent par leur intention. La sophrologie demande que l’on reste présent et actif : on observe, on s’exerce, on apprend un geste pour le refaire. L’hypnose ericksonienne, celle que pratiquait le psychiatre américain Milton Erickson, fait l’inverse : elle laisse l’esprit dériver et s’appuie sur cette dérive. Elle procède par suggestions indirectes et par métaphores ; elle ne demande rien à la volonté.

La sophrologie entraîne ; l’hypnose ericksonienne accompagne.

L’une n’est pas plus profonde que l’autre. Ce sont deux manières de se tenir face à soi.

Ce que Quies propose, et ce qu’il ne propose pas

Quies n’est pas une séance de sophrologie et ne prétend pas en tenir lieu : il n’y a ni sophrologue, ni degrés, ni exercice à apprendre. C’est de l’hypnose ericksonienne écrite pour vous. Quelques questions d’abord, sur ce que vous portez à ce moment — choisir un mot, déplacer un curseur, écrire une phrase si vous le souhaitez. Puis une séance est écrite pour cet instant et dite à voix haute. Elle n’existait pas avant que vous arriviez ; elle ne resservira pas.

Si vous pratiquez la sophrologie, vous reconnaîtrez des choses : la voix, la descente dans le corps, ce moment où l’on flotte entre la veille et le sommeil. Vous trouverez moins de consignes et davantage d’images. Rien à faire, rien à réussir : une permission plutôt qu’un exercice.

Les deux se complètent sans se remplacer. La sophrologie donne des gestes que l’on emporte partout ; Quies donne, le soir venu ou au milieu d’une journée trop pleine, une séance qui part de là où vous êtes.

Une séance écrite pour ce que vous portez aujourd’hui.

Quies est un outil de bien-être pour la relaxation et l’exploration intérieure. Ce n’est pas un dispositif médical : il ne diagnostique, ne traite ni ne guérit aucune pathologie. En cas de détresse psychique, adressez-vous à un professionnel de santé.